—Ex-voto! répéta Pascal comme un écho.

—Si je me sers de cette expression, continua l’illustre négociateur, c’est que je dois à la reconnaissance tous les objets que vous voyez ici. C’est en pensant à moi que des mains amies ont brodé ces fauteuils; ces bronzes, ces tableaux, sont pour moi les gages d’un impérissable souvenir.

Pascal s’inclina. Les paroles lui manquaient pour peindre sa stupéfaction.

—Aussi, continua l’ambassadeur matrimonial d’une voix attendrie, j’aime à m’entourer de ces dons pieux. Ils sont mon trésor le plus cher, la plus précieuse récompense de mes labeurs. Mais tout n’est pas ici, je vous prie de le croire. J’ai sept autres salons encore, aussi encombrés que celui-ci.

—Monsieur, dit Pascal, vous avez, je le vois, marié bien du monde.

—Le tiers de la France, à peu près, répondit M. de Saint-Roch d’un air modeste. Beaucoup ne s’en doutent guère, beaucoup m’ont oublié.

—Est-ce possible?

—Cela est ainsi, du moins. Ah! monsieur, et l’attendrissement semblait gagner l’ambassadeur, j’ai fait bien des ingrats! On a calomnié mes intentions si pures, on m’a intenté des procès. Mais j’ai des arrêts et jugements en ma faveur, par mes soins ils ont été imprimés, avec les plaidoiries des dix avocats. J’ai des consultations qui confirment la moralité et la légalité de mes actes! j’ai encore... Mais tous ces présents que vous voyez ici ne sont-ils pas la plus éloquente des plaidoiries, le panégyrique le plus glorieux...

—Monsieur, essaya Pascal, je n’ai jamais eu l’idée de contester...

—Heureusement, continua M. de Saint-Roch, il n’est pas que des ingrats en ce monde. Tenez, ce petit groupe que vous voyez là m’a été ce matin envoyé par un jeune ménage que j’ai marié l’an passé. Je dois ce tableau à deux jeunes époux dont j’ai négocié l’union il y a quatre ans. Ah! ceux-là me donnent bien de la satisfaction; ils en sont à leur cinquième enfant, c’est une fille, et ils m’ont choisi pour parrain. Que de couples ont gardé ma mémoire au fond de leur cœur! ils m’écrivent, ils m’informent de tout ce qui leur arrive d’heureux..... Survient-il une petite brouille dans le ménage, ils me prennent pour arbitre, et j’ai bientôt rétabli la paix.