«Cher monsieur Divorne,

«Si vous voulez éviter un irréparable malheur, accourez sans perdre une minute. Votre fils est tombé entre les mains d’un brocanteur de mariages que vous connaissez peut-être de nom, M. de Saint-Roch. Cet homme va le faire entrer dans une de ces familles que fuient tous les honnêtes gens, il va lui faire épouser une de ces jeunes filles qui ne trouvent pas de maris. Pascal est amoureux et aveugle. Il s’est caché et se cache de ses meilleurs amis. Leurs représentations seraient d’ailleurs inutiles, vous savez l’entêtement de votre fils. Seul vous pouvez sauver de la honte et du désespoir ce malheureux jeune homme.

«Un de vos amis.»

«P.S. Peut-être sera-t-il convenable de ne pas montrer cette lettre à Pascal. Venez, venez vite.»

La seconde lettre, destinée à M. Gerbeau, était ainsi conçue:

«Cher ami,

«Reçois mes compliments sincères: tu es un bon père et un gaillard sans préjugés. Tu maries ta fille à un homme qui t’a été présenté par M. de Saint-Roch, l’habile agent matrimonial. Antoinette sera bien heureuse! Tu dois être fier d’avoir pour gendre un homme enrichi par des spéculations véreuses,—si toutefois il est riche, ce dont je doute. Tu seras plus glorieux encore quand tu sauras pourquoi M. Pascal Divorne a été honteusement chassé de l’École des ponts et chaussées. Adresse-toi à lui pour le savoir. Allons, bonhomme, prépare les écus de la dot.

«Comme tu pourrais ne pas me croire, je t’envoie des pièces justificatives, un autographe de l’illustre Saint-Roch.

«Ton meilleur camarade te félicite. A quand la noce?»

Dans cette seconde missive, Lorilleux renferma soigneusement le billet de M. de Saint-Roch. Puis il plia les deux lettres anonymes, mit l’adresse à la première, et rejoignit Pascal pour savoir de lui où il fallait adresser la seconde. Le médecin était tout heureux, comme un homme qui vient de voir se briser en éclats, à deux pas de lui, une tuile qui semblait devoir lui tomber inévitablement sur la tête.