—Allons chez maître Bertaud nous expliquer, proposa-t-il.
—Soit, dit M. Gerbeau.
Et ils sortirent,—par le couloir d’introduction, au risque de rencontrer quelqu’un!—sans même saluer M. de Saint-Roch.
Mais cette impolitesse n’attrista pas le négociateur.
—Ils vont chez le notaire, se dit-il en se frottant joyeusement les mains, c’est bon signe. Ça m’a donné du mal, mais l’affaire est dans le sac: ici dix mille francs au moins, dont trois mille pour Jeuflas; bénéfice net, sept mille livres.
Et s’asseyant à son bureau, il se remit à la confection de sa réclame, qui se terminait ainsi:
«Ce qui distingue surtout M. de Saint-Roch, c’est que jamais l’intérêt ne le guide. Moraliser l’espèce humaine, voilà son but; faire fonctionner le mariage, tel est son moyen. Mystère et désintéressement sont sa devise.»
L’illustre négociateur avait deviné juste. Tout s’arrangea dans l’étude du notaire. Maître Bertaud savait mettre en pratique ces belles et nobles paroles d’un tabellion à son successeur: «Souvenez-vous, jeune homme, qu’un notaire est un tampon destiné à amortir le choc des intérêts.» Il s’interposa habilement entre ces deux pères, entre M. Gerbeau, qui ne voulait pas donner sa fille, et M. Divorne, qui s’obstinait à vouloir cette fille, depuis qu’on la refusait à son fils.
Grâce à l’inépuisable patience de maître Bertaud, le plus patient et le plus onctueux des notaires, on finit par s’entendre.
Après moins de cinq heures de pourparlers, le mariage fut arrêté, décidé, conclu, presque signé.