C'était fini, Lecoq était libre jusqu'à l'arrivée du juge d'instruction. Il erra d'abord le long des corridors et de salle en salle; mais comme partout il était questionné, dérangé, il sortit et alla s'établir sur le quai, devant le porche.
Ses convictions n'étaient pas entamées, mais son point de départ venait d'être déplacé.
Plus que jamais il était sûr que le meurtrier dissimulait son état social, mais d'un autre côté il lui était prouvé que cet homme connaissait bien la prison et ses usages.
Ce prévenu, en outre, se révélait à lui plus fort, mille fois, qu'il le soupçonnait.
Quelle puissance sur soi!... Quelle perfection de jeu!... Il n'avait pas sourcillé pendant les plus atroces épreuves, et il avait trompé les meilleurs yeux de Paris...
Le jeune policier était là depuis tantôt trois heures, immobile autant que la borne sur laquelle il était assis, ne s'apercevant ni du froid ni du vol du temps, quand un coupé s'arrêta devant le porche, et M. d'Escorval en descendit suivi de son greffier.
Il se dressa et courut au devant d'eux, haletant, interrogeant.
—Mes recherches sur le terrain, lui dit le juge, me confirment dans l'idée que vous avez vu juste. Y a-t-il du nouveau?
—Oui, monsieur, un fait futile en apparence, mais d'une importance qui...
—C'est bien!... interrompit le juge, vous m'expliquerez cela dans un moment. Je veux avant interroger sommairement les prévenus... simple affaire de forme pour aujourd'hui. Attendez-moi donc ici...