Elles laissent au prévenu et au juge le temps de s'étudier réciproquement, de se tâter pour ainsi dire, avant d'engager la lutte sérieuse, comme deux adversaires qui, sur le point de se battre à l'épée, essaieraient quelques passes avec des fleurets mouchetés.
—Maintenant, poursuivit le juge, occupons-nous de vos antécédents. Vous avez déjà subi plusieurs condamnations?...
La vieille récidiviste était assez au fait de la procédure criminelle pour n'ignorer pas le mécanisme de ce fameux casier judiciaire, une des merveilles de la justice française, qui rend si difficiles les négations d'identité.
—J'ai eu des malheurs, mon bon juge, pleurnicha-t-elle.
—Oui, et en assez grand nombre. Tout d'abord, vous avez été poursuivie pour recel d'objets volés.
—Mais j'ai été renvoyée plus blanche que neige. Mon pauvre défunt avait été trompé par des camarades.
—Soit. Mais c'est bien vous qui, pendant que votre mari subissait sa peine, avez été condamnée pour vol à un mois de prison une première fois, et à trois mois ensuite.
—J'avais des ennemis qui m'en voulaient, des voisins qui ont fait des cancans...
—En dernier lieu, vous avez été condamnée pour avoir entraîné au désordre des jeunes filles mineures....
—Des coquines, mon bon cher monsieur, des petites sans cœur... Je leur avais rendu service, et après elles sont allées conter des menteries pour me faire du tort... j'ai toujours été trop bonne.