«Prévenu bavard, cause bien instruite,» dit un vieux proverbe du Palais.
C'est qu'il semble impossible, en effet, qu'un coupable, épié par le juge, puisse parler beaucoup sans que sa langue trahisse son intention ou sa pensée, sans qu'il s'évapore quelque chose du secret qu'il prétend garder.
Les plus simples, parmi les prévenus, ont compris cela. Aussi, obligés à une prodigieuse contention d'esprit, sont-ils généralement plus que réservés.
Enfermés dans leur système de défense, comme une tortue dans sa carapace, ils n'en sortent que le moins possible et avec la plus ombrageuse circonspection.
À l'interrogatoire, ils répondent, il le faut bien, mais c'est comme à regret, brièvement, ils sont avares de détails.
Ici, l'accusé était prodigue de paroles. Ah!... il n'avait pas l'air de craindre de «se couper.» Il n'hésitait pas, à l'exemple de ceux qui tremblent de disloquer d'un mot le roman qu'ils s'efforcent de substituer à la vérité.
En d'autres circonstances, c'eût été une présomption en sa faveur.
—Expliquez-vous donc!... répondit M. Segmuller à la requête indirecte de son prévenu.
Le meurtrier ne dissimula pas adroitement la joie que lui causait la liberté qui lui était accordée.
L'éclat de ses yeux, le gonflement de ses narines, révélèrent une satisfaction pareille à celle du chanteur de romances qu'on traîne au piano.