Dans l'esprit du jeune policier, cette audacieuse épreuve était décisive.
Du moment où des compagnons de tous les jours, des gens accoutumés à flairer toutes les supercheries du costume, se laissaient prendre à son travestissement et à celui du père Absinthe, Mai devait indubitablement y être pris.
—Ah! je ne suis pas étonné qu'on ne me reconnaisse pas, répétait le père Absinthe, puisque je ne me reconnais pas moi-même! Il n'y avait que vous, monsieur Lecoq, pour me transformer en un rentier bénin, moi qui ai toujours eu l'air d'un gendarme déguisé!...
Mais le temps des réflexions, utiles ou non, était passé.
Le jeune policier venait d'apercevoir, sur le pont au Change, une voiture cellulaire qui arrivait au grand trot.
—Attention, vieux, dit-il à son compagnon, voici qu'on amène notre homme!... Vite à notre poste, rappelez-vous la consigne et ouvrez l'œil!...
Près de là, sur le quai, était un chantier à demi entouré de planches. Le père Absinthe alla se poster devant une des affiches collées sur la clôture, et Lecoq, apercevant une pelle oubliée, s'en empara et se mit à remuer du sable.
Ils firent bien de se hâter.
La geôle roulante venait de tourner le quai.
Elle passa devant les deux agents de la sûreté, et s'engouffra avec un grand bruit de ferraille sous la voûte qui conduisait à «la souricière.»