Le marchand d'habits était encore à son comptoir. Lecoq ne s'amusa pas à parlementer. Il exhiba sa carte, preuve de sa profession, et d'un ton bref demanda des renseignements.
—Que voulait l'homme qui sort d'ici?...
Le négociant parut se troubler.
—C'est tout une histoire, balbutia-t-il.
—Contez-la-moi! ordonna Lecoq, surpris de l'embarras de cet homme.
—Oh! c'est bien simple. Il y a une douzaine de jours de cela, je vois entrer ici un individu, portant un paquet sous le bras, qui demande à me parler de la part d'un de mes «pays,» qu'il me nomme.
—Vous êtes Alsacien?
—Oui, monsieur!... Pour lors, je vais avec ce particulier chez le marchand de vins du coin, il demande une bouteille de supérieur, et quand nous avons trinqué, il me demande si je veux consentir à garder chez moi le paquet qu'il porte, jusqu'à ce qu'un de ses cousins vienne me le réclamer. Crainte d'erreur, ce cousin devait me dire certaines paroles de reconnaissance, un mot de passe, quoi! Moi je refuse net. Justement le mois passé j'ai failli me trouver pris dans une affaire de recel pour une obligeance pareille! Non, jamais vous n'avez vu d'homme si surpris, ni si vexé. Ah! je peux dire qu'il a tout fait pour me décider, il a été jusqu'à me promettre une bonne somme pour ma peine... Tout cela ne faisait qu'augmenter ma défiance, et j'ai tenu bon...
Il s'arrêta pour reprendre haleine, mais Lecoq était sur des charbons ardents.
—Et après?... insista-t-il durement.