—Et vous qui?... interrogea le commissaire. Que voulez-vous dire?
Furieux, mais trop avancé pour reculer, l'inspecteur de la sûreté s'exécuta.
—Voici la chose, dit-il. Ce matin, il y a une heure, pendant que je vous attendais, monsieur le commissaire, devant le poste de la barrière d'Italie, où est consigné le meurtrier, je vis venir de loin un individu dont le signalement n'est pas sans analogie avec celui que nous donne Lecoq. Cet homme me parut abominablement ivre, il chancelait, il trébuchait, il battait les murailles... Il essaya de traverser la chaussée, pourtant, mais parvenu au milieu, il se coucha en travers, dans une position telle qu'il ne pouvait manquer d'être écrasé.
Lecoq détourna la tête, il ne voulait pas qu'on lût dans ses yeux qu'il comprenait.
—Voyant cela, poursuivit Gévrol, j'appelai deux sergents de ville, et je les priai de venir m'aider à faire lever ce malheureux. Nous allons à lui, déjà il paraissait endormi, nous le secouons, il se dresse sur son séant, nous lui disons qu'il ne peut rester là..., mais voilà qu'aussitôt il paraît pris d'une colère furieuse, il nous injurie, il nous menace, il essaye de nous frapper... Et ma foi!... nous le conduisons au poste, pour qu'il cuve du moins son vin en sûreté.
—Et vous l'avez enfermé avec le meurtrier? demanda Lecoq.
—Naturellement... Tu sais bien qu'au poste de la barrière d'Italie il n'y a que deux violons, un pour les hommes, l'autre pour les femmes; par conséquent...
Le commissaire réfléchissait.
—Ah!... voilà qui est fâcheux, murmura-t-il... et pas de remède.
—Pardon!... il en est un, objecta Gévrol. Je puis envoyer un de mes hommes jusqu'au poste, avec ordre de retenir le faux ivrogne....