Et sans attendre une réponse, Martial, avec une extrême habileté et un rare bonheur d'expression, se mit à répéter au père l'histoire qu'il venait de conter à la fille.
À l'entendre, son père et lui étaient désespérés... Se pouvait-il que M. Lacheneur eût cru à une ingratitude si noire... Pourquoi s'était-il retiré si précipitamment?... Le duc de Sairmeuse tenait à sa disposition telle somme qu'il lui plairait de fixer, soixante, cent mille francs, davantage même...
Cependant M. Lacheneur ne semblait pas ébloui, et quand Martial eut fini, il répondit respectueusement mais froidement qu'il réfléchirait.
Cette froideur devait stupéfier Chanlouineau; il ne le cacha pas dès que le marquis de Sairmeuse se fut retiré après force protestations.
—Nous avions mal jugé ces gens-là, déclara-t-il.
Mais M. Lacheneur haussa les épaules.
—Comme cela, fit-il, tu crois que c'est à moi qu'on offre tout cet argent?
—Dame!... j'ai des oreilles...
—Eh bien! mon pauvre garçon, il faut se défier de ce qu'elles entendent. La vérité est que ces grosses sommes sont destinées aux beaux yeux de ma fille. Elle a plu à ce freluquet de marquis, et il voudrait en faire sa maîtresse...
Chanlouineau s'arrêta court, l'œil flamboyant, les poings crispés.