Son début, force lui était d'en convenir, n'avait été ni heureux ni adroit.
—C'est mon père, murmurait-il, qui me vaut cette école... Comment, moi qui le connais, ai-je pu prendre ses rêveries pour des réalités!...
Il est sûr que l'épreuve qu'il venait de tenter était faite pour porter la lumière dans son esprit. Hommages et argent avaient été repoussés. Si Marie-Anne avait entendu avec une visible horreur ses déclarations déguisées, M. Lacheneur avait accueilli plus que froidement ses avances et l'offre d'une véritable fortune.
En outre, il se rappelait l'œil terrible de Chanlouineau.
—Comme il me toisait, ce magnifique rustre! grommela-t-il. Sur un signe de Marie-Anne, il m'eût écrasé comme un œuf, sans souci de mes aïeux. Ah ça! l'aimerait-il aussi lui?... Nous serions trois poursuivants en ce cas.
Mais plus l'aventure lui paraissait difficile et même périlleuse, plus elle irritait sa passion.
—Tout peut se réparer, songeait-il. Les occasions de nous revoir ne nous manqueront pas. Ne faudra-t-il pas que nous ayons quelques entrevues avec M. Lacheneur pour régulariser la restitution de Sairmeuse?... Je l'apprivoiserai. Pour la fille, mon rôle est tout tracé. Même, je profiterai de la détestable impression que j'ai produite. Je me montrerai aussi timide que j'ai été hardi, et ce sera bien le diable si elle n'est pas touchée et flattée de ce triomphe de sa beauté. Reste le d'Escorval.
C'était là que le bât blessait Martial, ainsi qu'il se le répétait en ce langage trivial qu'on emploie vis-à-vis de soi.
Il avait bien vu M. Lacheneur chasser brutalement Maurice, mais sa colère lui avait paru bien grande pour être absolument réelle.
Il soupçonnait une comédie, mais pour qui? Pour lui, Martial, ou pour Chanlouineau?... Et encore dans quel but?...