L'œil de Lacheneur ne vacilla pas.
—À qui donc s'adresseraient-elles? dit-il.
Cette opiniâtre sérénité trompait toutes les prévisions du baron. Il n'avait plus qu'à frapper un grand coup.
—Prenez garde, Lacheneur!... prononça-t-il sévèrement. Songez à la situation que vous faites à votre fille, entre Chanlouineau qui la voudrait pour femme, et M. de Sairmeuse qui la veut...
—Qui la veut pour maîtresse, n'est-ce pas?... Oh! dites le mot. Mais que m'importe!... Je suis sûr de Marie-Anne et je méprise les propos des imbéciles.
M. d'Escorval frémit.
—En d'autres termes, dit-il d'un ton indigné, vous faites de l'honneur et de la réputation de votre fille les enjeux de la partie que vous engagez!...
C'en était trop. Toutes les passions furieuses que Lacheneur comprimait éclatèrent à la fois; il ne songea plus à se contenir.
—Eh bien! oui!... s'écria-t-il avec un affreux blasphème, oui, vous l'avez dit: Marie-Anne doit être et sera l'instrument de mes projets... Ah! c'est ainsi. L'homme qui est où j'en suis ne s'arrête plus aux considérations qui retiennent les autres hommes. Fortune, amis, famille, la vie, l'honneur, j'ai d'avance tout sacrifié. Périsse la vertu de ma fille, périsse ma fille même, que m'importe! pourvu que je réussisse...
Il était effrayant d'énergie et de fanatisme, ses poings crispés menaçaient d'invisibles ennemis, ses yeux s'injectaient de sang.