—Je te les dirai quand je serai sûre, répondit-elle en s'échappant.
Certes, elle ne doutait pas, mais elle voulait voir de ses yeux, étant de ces âmes qui goûtent une âpre et affreuse jouissance à descendre tout au fond de leur malheur.
Aussi, dès qu'elle eut quitté son père, elle força tante Médie à s'habiller en toute hâte, et, sans un mot d'explication, elle la traîna au bois de la Rèche, à un endroit d'où elle apercevait la maison de Lacheneur.
C'était le jour où M. d'Escorval était venu demander une explication à son ancien ami. Elle le vit arriver d'abord, puis, peu après, arriva Martial...
On ne l'avait pas trompée... elle pouvait se retirer.
Mais non. Elle se condamnait à compter les secondes que Martial passerait près de Marie-Anne...
M. d'Escorval ne tarda pas à sortir, elle vit Martial s'élancer après lui et lui parler.
Elle respira... Sa visite n'avait pas duré une demi-heure, et sans doute il allait s'éloigner. Point. Après avoir salué le baron, il remonta la côte et rentra chez Lacheneur.
—Que faisons-nous ici? demandait tante Médie.
—Ah! laisse-moi!... répondit durement Mlle Blanche; tais-toi!