—Ah!... on n'arrive pas aisément chez vous, chère Marie-Anne, dit-elle enfin, vous demeurez sur une montagne...
Mlle Lacheneur ne disait mot. Elle était extrêmement surprise et ne savait pas le cacher.
—Tante Médie prétendait connaître le chemin, continua Mlle Blanche, mais elle m'a égarée... n'est-ce pas, tante?
Comme toujours, la parente pauvre approuva, et sa nièce poursuivit:
—Mais, enfin, nous voici... Je n'ai pu, ma chérie, me résigner à rester sans nouvelles de vous, surtout après votre malheur. Que devenez-vous? Ma recommandation vous a-t-elle procuré le travail que vous espériez?
Sans défiances aucunes, Marie-Anne devait être prise au ton d'intérêt touchant de son ancienne amie. C'est donc avec la plus entière franchise, sans faste de douleur comme sans fausse honte, qu'elle avoua l'inanité de presque toutes ses démarches. Même, il lui avait semblé que plusieurs personnes avaient pris plaisir à la mal recevoir...
Mais Mlle Blanche n'écoutait pas. À deux pas d'elle étaient les caisses d'arbustes apportées de Sairmeuse, et leurs parfums rallumaient sa colère.
—Du moins, interrompit-elle, vous avez ici de quoi vous faire presque oublier les jardins de Sairmeuse... Qui donc vous a envoyé ces belles fleurs?
Marie-Anne devint pourpre, resta un moment interdite, et enfin répondit ou plutôt balbutia:
—C'est... une attention de M. le marquis de Sairmeuse.