En cette extrémité, elle se décida à se confier à son père, et elle lui écrivit pour lui annoncer son arrivée.

Laisser voir le déchirement de son âme, l'excès de son amour et de sa jalousie lui paraissait une atroce humiliation, mais ses souffrances étaient intolérables.

Elle voulait que son père contraignît Lacheneur à quitter le pays. Ce devait être un jeu pour lui, revêtu d'une autorité presque discrétionnaire, à une époque où une «attitude tiède» pouvait être un prétexte de proscription.

Le calme qui résulte du parti pris lui était revenu quand elle quitta Courtomieu, et ses espérances débordaient en phrases passionnées que la parente pauvre subissait avec son habituelle résignation.

—Enfin!... disait-elle, je serai donc débarrassée de cette coureuse, de cette effrontée!... Nous verrons bien s'il a l'audace de la suivre!... La suivrait-il?... Oh! non, il n'oserait!...

Quand la voiture traversa le village de Sairmeuse, Mlle Blanche y remarqua une animation inaccoutumée.

Il y avait encore de la lumière dans toutes les maisons, les cabarets paraissaient pleins de buveurs, on apercevait des groupes animés sur la place, enfin sur le pas des portes, des commères causaient.

Mais qu'importait à Mlle de Courtomieu! C'est seulement à une lieue de Sairmeuse qu'elle fut tirée de ses préoccupations.

—Écoute, tante Médie! dit-elle tout à coup. Entends-tu?...

La parente pauvre prêta l'oreille.