Les paysans avaient plus de vingt minutes d'avance.

Pauvres gens!... Il leur eût été bien facile de déjouer toutes les poursuites. Ils n'avaient qu'à se disperser, qu'à «s'égailler,» comme autrefois les gars de la Vendée.

Malheureusement bien peu eurent l'idée de se jeter isolément à travers champs. Les autres, éperdus, troublés, saisis de cet inconcevable vertige des déroutes, suivaient le grand chemin, comme les moutons d'un troupeau pris d'épouvante.

Ils allaient vite néanmoins, la peur leur donnait des ailes. N'entendaient-ils pas à chaque moment des coups de fusil tirés aux traînards!...

Mais il était un homme qui, à chacune de ces détonations recevait pour ainsi dire la mort... Lacheneur.

Penché sur le cou de son cheval, haletant, dévoré d'angoisses, il approchait ventre à terre de la Croix-d'Arcy, quand le fracas de la fusillade de Montaignac arriva jusqu'à lui.

Terrifié, il arrêta sa bête par une saccade si violente, qu'elle chancela sur ses jarrets.

Il prêta l'oreille et attendit... Rien. Nulle décharge ne répondait à cette décharge. Il pouvait y avoir eu boucherie, combat, non.

Lacheneur comprit tout; il devina la sanglante échauffourée; il vit tous ces paysans soulevés à sa voix, mitraillés à bout portant.

Ah! toutes ces balles, il eût voulu les avoir dans la poitrine.