—Cessez le feu!... mes amis, commanda-t-il, retirez-vous...
On lui obéit... et il put voir comme des ombres qui s'éparpillaient dans toutes les directions.
Il pouvait fuir aussi, lui, ne montait-il pas un vaillant cheval qui l'emporterait vite loin de l'ennemi!...
Mais il s'était juré qu'il ne survivrait pas au désastre; déchiré de remords, désespéré, fou de douleur et de rage impuissante, il ne voyait d'autre refuge que la mort...
Il eût pu l'attendre, elle approchait; il aima mieux courir au-devant d'elle. Il rassembla son cheval, l'enleva de la bride et des éperons et le lança sur les soldats du duc de Sairmeuse.
Le choc fut rude, les rangs s'ouvrirent, et il y eut un instant de mêlée furieuse...
Mais bientôt le cheval de Lacheneur, le poitrail ouvert par les baïonnettes, se cabra; il battit l'air de ses sabots, puis ses jarrets plièrent, et il se renversa, entraînant son cavalier...
Et les soldats passèrent, ne pouvant se douter que sous le cadavre du cheval le maître se débattait sans blessures.
Il était une heure et demie du matin... le carrefour était désert.
Rien ne troublait le silence que les gémissements de quelques blessés appelant leurs compagnons et implorant des secours...