Ce qui surtout faisait frémir l'abbé Midon, c'était la substitution d'une commission à la Cour prévôtale.

Cela renversait tous ses plans, stérilisait toutes ses précautions, enlevait les dernières chances de salut.

La Cour prévôtale était certes expéditive et passionnée, mais du moins elle se piquait d'observer les formes, elle gardait quelque chose encore de la solennité de la justice régulière qui, avant de frapper, veut être éclairée.

Une commission militaire devait infailliblement négliger toute procédure, et juger les accusés sommairement, comme en temps de guerre on juge un espion.

—Quoi!... s'écriait Maurice, on oserait condamner sans enquête, sans audition de témoins, sans confrontation, sans laisser aux accusés le temps de rassembler les éléments de leur défense!...

L'abbé Midon se tut... Ses plus sinistres prévisions étaient dépassées... Désormais, il croyait tout possible...

Maurice parlait d'enquête... Elle avait commencé dans la journée, et elle se poursuivait, en ce moment même, à la lueur des lanternes des geôliers.

C'est-à-dire que le duc de Sairmeuse et le marquis de Courtomieu, relégué au second plan par la mise en état du siège, passaient la revue des prisonniers...

Ils en avaient trois cents, et ils avaient décidé qu'ils choisiraient dans ce nombre, pour les livrer à la commission, les trente plus coupables.

Comment les choisirent-ils, à quoi reconnurent-ils le degré de culpabilité de chacun de ces malheureux?... Ils eussent été bien embarrassés de le dire.