—Et tu t'obstines à me conseiller de rendre Sairmeuse?...

—L'honneur parle, mon père...

M. Lacheneur disloqua à demi, d'un coup de poing terrible, le meuble près duquel il se trouvait.

—Et si je m'entêtais, moi aussi, s'écria-t-il, si je gardais tout... que ferais-tu?

—Je me dirais, mon père, qu'une misère honnête vaut mieux qu'une fortune volée, je quitterais ce château, qui est au duc de Sairmeuse, et je chercherais une place de fille de ferme aux environs...

Cette terrible réponse atteignit M. Lacheneur comme un coup de massue. Il se laissa tomber sur un fauteuil en sanglotant... Il connaissait assez sa fille pour savoir que ce qu'elle disait elle le ferait.

Mais il était vaincu, sa fille l'emportait, il venait de se résoudre à l'héroïque sacrifice.

—Je restituerai Sairmeuse, balbutia-t-il... advienne que pourra...

Il s'interrompit, un visiteur lui arrivait.

C'était un tout jeune homme d'une vingtaine d'années, de tournure distinguée, à l'air mélancolique et doux.