Mais les membres de la commission, qui avaient aperçu le mouvement de Maurice, ne pouvaient pas ne pas soupçonner la vérité. Ils se turent cependant.

Toutes les affaires de ce genre ont des côtés sombres et mystérieux que n'éclairent jamais les débats publics.

Si les accusés se tiennent bien, les accusateurs semblent redouter d'aller jusqu'au fond des choses, ne sachant ce qu'ils y trouveront.

Conseillé par le marquis de Courtomieu, inquiet du rôle de son fils, le duc de Sairmeuse devait tenir à circonscrire l'accusation. Il n'avait pas fait arrêter l'abbé Midon, il était bien résolu à ne pas inquiéter Maurice tant qu'il n'y serait pas contraint.

Le baron d'Escorval semblait se reconnaître coupable; n'était-ce pas une assez belle victoire pour le duc de Sairmeuse!...

Il se retourna vers les avocats, et d'un air dédaigneux et ennuyé:

—Maintenant, leur dit-il, parlez, puisqu'il le faut absolument, mais pas de phrases!... Nous devrions avoir fini depuis une heure.

Le plus âgé des avocats se leva, frémissant d'indignation, prêt à tout braver pour dire sa pensée; mais le baron l'arrêta.

—N'essayez pas de me défendre, monsieur, prononça-t-il froidement... ce serait inutile!... Je n'ai qu'un mot à dire à mes juges: qu'ils se souviennent de ce qu'écrivait au roi le noble et généreux maréchal Moncey: l'échafaud ne fait pas d'amis!

Ce souvenir n'était pas de nature à émouvoir beaucoup la commission. Le maréchal, pour cette phrase, avait été «destitué» et condamné à trois mois de prison...