Enfin, tout à l'extrémité du corridor, il entendit le frôlement d'une robe contre les murs.
—Elle!... murmura-t-il.
Des pas se rapprochaient, les lourds verrous grincèrent, la porte s'ouvrit et Marie-Anne entra, soutenue par l'honnête caporal Bavois.
—M. de Courtomieu m'a promis qu'on nous laisserait seuls! s'écria Chanlouineau.
—Aussi, je décampe, répondit le vieux soldat... Mais j'ai l'ordre de revenir chercher Mademoiselle dans une demi-heure.
La porte refermée, Chanlouineau prit la main de Marie-Anne, et avec une violence contenue, il l'attira tout près de la fenêtre, à l'endroit où l'abat-jour dispensait le plus de lumière.
—Merci d'être venue, disait-il, merci!... Je vous revois et il m'est permis de parler... À présent que je suis un mourant dont les minutes sont comptées, je puis laisser monter à mes lèvres le secret de mon âme et de ma vie... Maintenant, j'oserai vous dire de quel ardent amour je vous ai aimée, je vous dirai combien je vous aime...
Instinctivement Marie-Anne dégagea sa main, et se rejeta en arrière.
L'explosion de cette passion, en ce moment, en ce lieu, avait quelque chose de lamentable et d'effrayant tout ensemble.
—Vous ai-je donc offensée?... fit tristement Chanlouineau. Pardonnez à qui va mourir!... Vous ne sauriez refuser d'entendre ma voix qui demain sera éteinte pour toujours et qui si longtemps s'est tue!...