L'odieuse provocation s'adressait à de telles âmes.

—Vingt mille francs, répétait-il, d'un air sombre, vingt sacs de cent pistoles chaque, pleins à crever, de pièces de cent sous, où je puiserais à même comme un richard!... Ah! je découvrirai Lacheneur, fût-il à cent pieds sous terre, je le dénoncerai et la toucherai la récompense!...

L'infamie du crime, le nom de traître et d'infâme qui lui en reviendrait, la honte et la réprobation qui en résulteraient pour lui et les siens ne l'arrêtèrent pas un instant.

Il ne voyait, il ne pouvait voir qu'une seule chose... la prime, le prix du sang...

Le malheur est qu'il n'avait pour guider ses recherches, aucun indice, même vague.

Tout ce qu'on savait à Montaignac, c'était que le cheval de M. Lacheneur avait été tué à la Croix-d'Arcy, on l'avait reconnu en travers de la route.

Mais on ignorait si M. Lacheneur avait été blessé ou s'il s'était tiré sain et sauf de la mêlée. Avait-il gagné la frontière?... Était-il allé demander un asile à quelque fermier de ses amis?...

Donc Chupin se «mangeait le sang,» selon son expression, quand le jour même du jugement, sur les deux heures et demie, comme il sortait de la citadelle après sa déposition, étant entré dans un cabaret, son attention fut éveillée par le nom de Lacheneur prononcé à demi-voix près de lui.

Deux paysans vidaient une bouteille, et l'un d'eux, d'un certain âge, racontait qu'il avait fait le voyage de Montaignac pour donner à Mlle Lacheneur des nouvelles de son père.

Il disait comment son gendre avait rencontré le chef du soulèvement dans les montagnes qui séparent l'arrondissement de Montaignac de la Savoie. Il précisait l'endroit de la rencontre, c'était dans les environs de Saint-Pavin-des-Grottes, un petit hameau de quelques feux.