Lacheneur leur tendit la main.
—Je suis donc sauvé, dit-il. Faible et blessé comme je le suis, je périssais si je restais seul...
Mais les deux métayers ne prirent pas la main qui leur était tendue.
—Nous devrions vous abandonner, dit le plus jeune d'un air sombre, car c'est vous qui nous perdez, qui nous ruinez... Vous nous avez trompés, monsieur Lacheneur!...
Il n'osa pas protester, tant le juste sentiment de ses fautes l'écrasait.
—Bast!... qu'il vienne tout de même, fit l'autre paysan, avec un regard étrange.
Ils partirent, et le soir même, après neuf heures de marche, dont cinq de nuit, à travers les montagnes, ils franchirent la frontière...
Mais cette longue route ne s'était pas faite sans d'amers reproches, sans les plus cruelles récriminations.
Pressé de questions par ses compagnons, l'esprit affaissé comme le corps, Lacheneur avait fini par reconnaître l'inanité des promesses dont il enflammait ses complices. Il reconnut qu'il avait dit que Marie-Louise, le roi de Rome et tous les maréchaux de l'Empire devaient se trouver à Montaignac, et c'était là un monstrueux mensonge. Il confessa qu'il avait donné le signal du soulèvement sans chance de succès, sans moyens d'action, en s'en remettant presque au hasard. Enfin, il avoua qu'il n'y avait de réel que sa haine, la haine implacable qu'il avait vouée aux Sairmeuse...
Dix fois pendant ces terribles aveux, les paysans qui soutenaient la marche de Lacheneur avaient été sur le point de le pousser dans un des précipices qu'ils côtoyaient.