Lacheneur comprenait maintenant!... Et ce suprême malheur, après tant de misères, brisa les derniers ressorts de son énergie.
De grosses larmes jaillirent de ses yeux et il s'affaissa sur une chaise en murmurant:
—Qu'ils viennent donc, je les attends... Non, je ne bougerai pas d'ici!... C'est trop disputer une misérable existence.
Mais la femme du traître s'était relevée, et elle s'attachait obstinément aux vêtements du malheureux, elle le secouait, elle le tirait, elle l'eût porté si elle en eût eu la force.
—Vous ne resterez pas, disait-elle avec une véhémence extraordinaire... Partez, sauvez-vous!... Je ne veux pas que vous soyez pris ici, cela nous porterait malheur!
Ébranlé par ces adjurations violentes, l'instinct de la conservation reprenant le dessus, Lacheneur se leva et s'avança jusque sur le seuil de l'auberge.
La nuit était noire, et un brouillard glacé épaississait encore les ténèbres.
—Voyez, madame! fit doucement le pauvre fugitif. Comment me guider à travers ce pays de montagnes que je ne connais pas, où il n'y a point de routes, où les sentiers sont à peine frayés...
D'un geste rapide, la femme de Balstain poussa Lacheneur dehors, et le tournant comme un aveugle qu'on remet en son chemin:
—Marchez droit devant vous, dit-elle, toujours contre le vent... Dieu vous protège!... Adieu!