Il parut s'en effrayer prodigieusement pour en épouvanter son père, mais au fond il considérait la menace comme puérile.

Marie-Anne, sans la lettre, eût obtenu de lui la même assistance.

D'autres causes eussent décidé Martial: la difficulté et le danger de l'entreprise, les risques à courir, les préjugés à braver.

Déjà, à cette époque, il n'y avait que l'impossible capable de tenter cet esprit aventureux et blasé, et cependant avide d'émotions.

Sauver la vie du baron d'Escorval, un ennemi, presque sur les marches de l'échafaud, lui sembla beau... Assurer en le sauvant le bonheur d'une femme qu'il adorait et qui lui préférait un autre homme, lui parut digne de lui...

Quelle occasion, d'ailleurs, pour l'exercice des facultés de son sang-froid, de diplomatie et de finesse qu'il s'accordait!...

Il fallait jouer son père, c'était aisé; il le joua.

Il fallait jouer le marquis de Courtomieu, c'était difficile; il crut l'avoir joué.

Mais le malheureux Chanlouineau ne pouvait concevoir de telles contradictions, et il se consumait d'anxiété.

C'est avec joie qu'il eût consenti à subir la torture avant de recevoir le coup de la mort, pour pouvoir suivre toutes les démarches de Marie-Anne.