Tairaient-ils la connivence qui leur avait valu la liberté? Évidemment, non. Ils n'étaient certains que de la complicité de Martial, puisque Martial seul avait parlé au vieux caporal, mais c'était assez pour tout perdre.

Heureusement, les perquisitions les plus minutieuses restaient vaines.

Un seul témoin déclarait que, le matin de l'évasion, au petit jour, il avait rencontré, non loin de la citadelle, un groupe d'une dizaine de personnes, hommes et femmes, qui lui avaient paru porter un cadavre.

Rapproché des circonstances des cordes et du sang, ce témoignage faisait frémir Martial.

Il avait noté un autre indice encore, révélé par la suite de l'enquête.

Tous les soldats de service la nuit de l'évasion ayant été interrogés, voici ce que l'un d'eux avait déclaré:

—«J'étais de faction dans le corridor de la tour plate, quand, vers deux heures et demie, après qu'on eût écroué Lacheneur, je vis venir à moi un officier. Il me donna le mot d'ordre, naturellement je le laissai passer. Il a traversé le corridor et est entré dans la chambre voisine de celle où était enfermé M. d'Escorval et en est ressorti au bout de cinq minutes...»

—«Reconnaîtriez-vous cet officier?» avait-on demandé à ce factionnaire.

Et il avait répondu:

—«Non, parce qu'il avait un manteau dont le collet était relevé jusqu'à ses yeux.»