L'instant d'après le curé et ses hôtes se mettaient à table.
Le poulet eût été «court,» la digne servante se l'avoua, en voyant le terrible appétit de M. de Sairmeuse et de son fils.
—On eût juré qu'ils n'avaient pas mangé de quinze jours, disait-elle le lendemain aux dévotes, ses amies.
L'abbé Midon n'avait pas faim, lui, bien qu'il fût près de deux heures et qu'il n'eût rien pris depuis la veille.
L'arrivée soudaine des anciens maîtres de Sairmeuse l'avait bouleversé. Elle présageait, pensait-il, les plus effroyables malheurs.
Aussi, ne remuait-il son couteau et sa fourchette que pour se donner une contenance; en réalité, il observait ses hôtes, il appliquait à les étudier toute la pénétration du prêtre, bien supérieure à celle du médecin et du magistrat.
Le duc de Sairmeuse ne paraissait pas les cinquante-sept ans qu'il venait d'avoir.
Les orages de la jeunesse, les luttes de son âge mûr, des excès exorbitants en tout genre, n'avaient pu entamer sa constitution de fer.
Taillé en hercule, il tirait vanité de sa force et étalait avec complaisance ses mains, d'un dessin correct, mais larges, épaisses, puissantes, ornées aux phalanges de bouquets de poils roux, véritables mains de gentilhomme dont les ancêtres ont donné les grands coups d'épée des croisades.
Sa physionomie disait bien son caractère. Des courtisans de l'ancienne monarchie il avait tous les travers, les rares qualités et les vices.