Ceux qui le tenaient ne le lâchèrent pas.

—Comment se fait-il, demanda l'un d'eux, d'un ton de menace, que le baron d'Escorval ait été précipité et que vous ayez réussi à descendre ensuite?...

Le vieux soldat avait trop d'expérience pour ne pas comprendre toute la portée de cette humiliante question.

La douleur et l'indignation qu'il en ressentit, lui donnèrent la force de se dégager.

—Mille tonnerres!... s'écria-t-il, je passerais pour un traître, moi!... Non, ce n'est pas possible... écoutez-moi.

Et aussitôt, rapidement et avec une surprenante précision, il raconta tous les détails de l'évasion, sa douleur, ses angoisses, et quels obstacles en apparence insurmontables il avait su vaincre.

Il n'avait pas besoin de tant se débattre. L'entendre c'était le croire...

Les officiers lui tendirent la main, sincèrement affligés d'avoir froissé un tel homme, si digne d'estime et si dévoué.

—Vous nous excuserez, caporal, dirent-ils tristement, le malheur rend défiant et injuste, et nous sommes malheureux...

—Il n'y a pas d'offense, mes officiers, grogna-t-il... Si je m'étais défié, moi, le pauvre M. d'Escorval... un ami de «l'autre,» mille tonnerres!... serait encore de ce monde!