D'abord, il n'avait jamais habité Sairmeuse...
Puis, quand même!... Est-ce que jamais courtisan de l'ancien régime daigna s'inquiéter des noms qui distinguaient entre eux ces paysans qu'il confondait dans sa profonde indifférence!
Ces gens-là, on les appelait: holà!... hé!... l'ami!... mon brave!...
C'est donc de l'air d'un homme qui fait un effort de mémoire, que le duc de Sairmeuse répétait:
—Lacheneur... M. Lacheneur....
Mais Martial, observateur plus attentif et plus pénétrant que son père, avait vu le regard du curé vaciller à ce nom, jeté à l'improviste par Bibiane.
—Qu'est-ce que cet individu, l'abbé? demanda le duc d'un ton léger.
Si maître de soi que fût le prêtre, si habitué qu'il fût depuis des années, à garder le secret de ses impressions, il dissimulait mal une cruelle inquiétude.
—M. Lacheneur, répondit-il avec une visible hésitation, est le possesseur actuel du château de Sairmeuse.
Martial, ce précoce diplomate, ne put se retenir de sourire à cette réponse qu'il avait presque prévue. Mais le duc bondit sur sa chaise.