Le village où ils arrivaient, le premier après la frontière, s'appelait Saliente. Ils lurent ce nom sur un poteau.
La quatrième maison était une hôtellerie, «Au Repos des Voyageurs.» Ils y entrèrent, et d'un ton bref commandèrent à la maîtresse de conduire la jeune dame à une chambre et de l'aider à se coucher.
On obéit, et Maurice et le vieux soldat passant dans la salle commune, demandèrent quelque chose à manger.
On les servit, mais les regards qu'on arrêtait sur eux n'étaient rien moins que bienveillants. Évidemment, on les tenait pour très-suspects.
Un gros homme, qui semblait le patron de l'hôtellerie, rôda autour d'eux un bon moment, les examinant du coin de l'œil, et finalement il leur demanda leurs noms.
—Je me nomme Dubois, répondit Maurice sans hésiter, je voyage pour mon commerce, avec ma femme qui est là-haut et mon fermier que voici...
Cette vivacité heureuse décida un peu l'hôtelier, et atteignant un petit registre crasseux il se mit à y consigner les réponses.
—Et quel commerce faites-vous? interrogea-t-il encore.
—Je viens dans votre sacré pays de curieux pour acheter des mulets, répondit Maurice en frappant sur sa ceinture.
Au son de l'or, le gros homme souleva son bonnet de laine. L'élève des mulets était la richesse de la contrée, le bourgeois était bien jeune, mais il avait le gousset garni: cela ne suffisait-il pas?