Maurice, lui aussi, relut à deux reprises avant de la rendre, cette lettre où palpitait à chaque mot une passion sublime.

Il se recueillit un moment, et d'une voix étouffée:

—Vous ne pouvez refuser, prononça-t-il, ce serait mal!

Son émotion était telle, que se sentant impuissant à la dissimuler, il sortit.

Il était comme foudroyé par la grandeur d'âme de ce paysan qui, après lui avoir sauvé la vie à la Croix-d'Arcy, avait arraché le baron d'Escorval aux exécuteurs, qui mourait pour n'avoir pu être aimé, qui jamais n'avait laissé échapper une plainte ni un reproche, et dont la protection s'étendait par delà le tombeau sur la femme qu'il avait adorée.

Se comparant à ce héros obscur, Maurice se trouvait petit, médiocre, indigne...

Qu'adviendrait-il, grand Dieu! si cette comparaison se présentait jamais à l'esprit de Marie-Anne!... Comment lutter, comment écarter ce souvenir écrasant, on ne se mesure pas contre une ombre...

Chanlouineau s'était trompé: on peut être jaloux des morts!...

Mais cette poignante jalousie, ces pensées douloureuses, Maurice sut les ensevelir au plus profond de son âme, et les jours qui suivirent, il se montra avec un visage calme dans la chambre de Marie-Anne.

Car elle ne se rétablissait toujours pas, l'infortunée...