—Hum!... grommela-t-il, jamais il ne faut dire: «Fontaine je ne boirai pas de ton eau.» Enfin, si je vous aidais, que m'en reviendrait-il?
—Je vous donnerai ce que vous me demanderez, de l'argent, de la terre, une maison...
—Grand merci!... Je veux autre chose.
—Quoi? Faites vos conditions.
Chupin se recueillit un moment, puis d'un air grave:
—Voici la chose, répondit-il. J'ai des ennemis, un surtout... bref, je ne me sens pas en sûreté dans ma masure; mes fils me cognent quand j'ai bu, pour me voler; ma femme est bien capable d'empoisonner mon vin; je tremble pour ma peau et pour mon argent... Cette existence ne peut durer. Promettez-moi un asile au château de Courtomieu après l'affaire, et je suis à vous... Chez vous, je serai gardé, et j'oserai boire à ma soif et autrement que d'un œil. Mais, entendons-nous, je ne veux pas être maltraité par les domestiques comme à Sairmeuse...
—Il sera fait ainsi que vous le désirez.
—Jurez-moi cela sur votre part de paradis.
—Je le jure!
Tel était l'accent de sincérité de la jeune femme, que Chupin en fut rassuré. Il se pencha vers elle, et d'une voix sourde: