—Parlez!... lui dit Mme Blanche.

—Volontiers! Seulement, je n'ai rien à vous conter.

—Ah!... vous n'avez pas surveillé le marquis de Sairmeuse.

—Votre mari?... faites excuse, je l'ai suivi comme son ombre. Mais que voulez-vous que je vous en dise? Depuis le voyage du duc de Sairmeuse à Paris c'est M. Martial qui commande. Ah! vous ne le reconnaîtriez plus. Toujours en affaires, maintenant. Dès le potron-minet il est debout, et il se couche comme les poules. Toute la matinée, il écrit des lettres. Dans l'après-midi, il reçoit tous ceux qui se présentent. Lui qui était haut comme le temps, autrefois, il fait le pas fier, le bon enfant, le câlin, il donne des poignées de main au premier venu. Les officiers à demi-solde sont à pot et à feu avec lui; il en a déjà replacé cinq ou six, il a fait rendre la pension à deux autres, jamais il ne sort, jamais il ne va en soirée...

Il s'arrêta, et pendant un bon moment, la jeune femme garda le silence, émue et confuse de la question qui lui montait aux lèvres. Quelle humiliation!... Mais elle surmonta sa honte, et plus rouge que le feu, détournant un peu la tête:

—Il est impossible qu'il n'ait pas une maîtresse!... dit-elle.

Chupin éclata de rire.

—Nous y voici donc!... fit-il avec une si outrageante familiarité que la jeune femme en fut révoltée, vous voulez parler de la fille de ce scélérat de Lacheneur, n'est-ce pas, de cette coquine effrontée de Marie-Anne?

À l'accent haineux de Chupin, Mme Blanche comprit l'inutilité de ses ménagements.

Elle ignorait encore que l'assassin exècre sa victime, uniquement parce qu'il l'a tuée.