Mais elle ne se rendait pas... La jalousie ne se rend jamais, même à l'évidence.

Mme Blanche s'était dit que Marie-Anne lui avait enlevé son mari, que Martial et elle s'aimaient, qu'ils cachaient leur bonheur aux environs, qu'ils la raillaient et la bravaient... Donc cela devait être, encore que tout lui démontrât le contraire...

Un matin, cependant, elle trouva son espion radieux.

—Bonne nouvelle!... lui cria-t-il dès qu'il l'aperçut, nous tenons enfin la coquine!

XLIII

C'était le surlendemain du jour où, sur l'ordre formel de l'abbé Midon, Marie-Anne était allée s'établir à la Borderie.

On ne s'entretenait que de cette prise de possession dans le pays, et le testament de Chanlouineau était le texte de commentaires infinis.

—Voilà la fille de M. Lacheneur avec plus de deux cents pistoles de rentes, faisaient les vieux d'un air grave, sans compter encore la maison...

—Une honnête fille n'aurait pas tant de chance que ça! murmuraient quelques filles laides qui ne trouvaient pas de mari.

Jusqu'alors on n'était pas parfaitement sûr que Marie-Anne eût été la «bonne amie» de Chanlouineau. Même après la chute de M. Lacheneur on apercevait entre eux une distance difficile à franchir. La donation leva tous les doutes. Comment expliquer autrement cette magnificence posthume?