—Dieu décidera!... murmura la jeune femme. Mieux vaut d'ailleurs savoir son mari mort qu'appartenant à une autre femme!...

Et d'une main ferme, elle prit au hasard un des flacons...

Depuis son entrée à la Borderie, Mme Blanche n'avait pas, on peut le dire, conscience de ses actes. La haine a des égarements qui troublent le cerveau comme les vapeurs de l'alcool.

Mais l'impression terrible qu'elle ressentit au contact du verre dissipa son ivresse; elle rentra en pleine possession de soi, la faculté de délibérer lui revint...

Et la preuve, c'est que sa première pensée fut celle-ci:

—J'ignore jusqu'au nom de ce poison que je tiens... Quelle dose en dois-je mettre? En faut-il beaucoup ou très-peu?...

Elle déboucha le flacon non sans peine, et versa quelque peu de son contenu dans le creux de sa main.

C'était une poudre blanche, très-fine, scintillante comme s'il s'y fût trouvé de la poussière de verre, et ressemblant beaucoup à du sucre pilé.

—Serait-ce vraiment du sucre? pensa Mme Blanche.

Résolue à s'en assurer, elle mouilla légèrement le bout de son doigt et prit quelques atomes de cette poudre blanche, qu'elle posa sur sa langue et qu'elle cracha aussitôt.