Personne jamais n'avait couché dans ce lit que le pauvre Chanlouineau, au temps des illusions de son amour, avait destiné à Marie-Anne.

—Il sera pour elle, disait-il, ou il ne sera pour personne.

Et ce fût elle, en effet, qui y coucha la première, mais morte.

La douloureuse et pénible tâche remplie, Jean se laissa tomber dans le grand fauteuil où avait expiré Marie-Anne, et la tête entre les mains, les coudes aux genoux, il demeura silencieux, aussi immobile que ces statues de la douleur qu'on place sur les tombeaux.

L'abbé Midon, lui, s'était mis à genoux à la tête du lit, et il récitait les prières des morts, demandant à Dieu paix et miséricorde au ciel pour celle qui avait tant souffert sur la terre...

Mais il ne priait que des lèvres... Sa pensée, en dépit de sa volonté et de ses efforts d'attention, lui échappait.

Il se demandait comment était morte Marie-Anne...

Était-ce un crime?... Était-ce un suicide?

Car l'idée du suicide lui vint. Mais il ne pouvait l'admettre, lui qui jadis avait surpris le secret de la grossesse de cette infortunée, et qui savait qu'elle était mère, bien qu'il ne sût pas ce qu'était devenu son enfant.

D'un autre côté, comment expliquer un crime?...