—Il est sauvé!... pensa l'abbé Midon.

Et il restait là, tout ému de ce désespoir immense, insondable, quand il se sentit tirer par la manche.

Jean Lacheneur, dont les yeux flamboyaient, l'entraîna dans l'embrasure d'une croisée.

—Qu'est-ce que cet enfant? demanda-t-il d'un ton rauque.

Une fugitive rougeur empourpra les pommettes du prêtre.

—Vous avez entendu, répondit-il.

—J'ai compris que Marie-Anne était la maîtresse de Maurice, et qu'elle a eu un enfant de lui. C'est donc vrai?... Je ne voulais pas, je ne pouvais pas le croire!... Elle que je vénérais à l'égal d'une sainte!... Son front si pur et ses chastes regards mentaient. Et lui, Maurice, qui était mon ami, qui était comme le fils de notre maison!... Son amitié n'était qu'un masque qu'il prenait pour nous voler plus sûrement notre honneur!...

Il parlait, les dents serrées par la colère, si bas, que Maurice ne pouvait l'entendre.

—Mais comment a-t-elle donc fait, poursuivait-il, pour cacher sa grossesse... Personne dans le pays ne l'a soupçonnée, personne absolument. Et après? qu'a-t-elle fait de l'enfant?... Aurait-elle été prise de l'effroi de la honte, de ce vertige qui pousse au crime les pauvres filles séduites et abandonnées... Aurait-elle tué son enfant?...

Un sourire sinistre effleurait ses lèvres minces.