—Voici, dit-il froidement, ce que j'apportais à Mlle Lacheneur. C'est d'abord un sauf-conduit de Sa Majesté pour M. le baron d'Escorval. De ce moment, il peut quitter la ferme de Poignot et rentrer à Escorval, il est libre, il est sauvé; sa condamnation sera réformée. C'est ensuite un arrêt de non-lieu rendu en faveur de M. l'abbé Midon, et une décision de l'évêque qui le réinstalle à sa cure de Sairmeuse. C'est, enfin, un congé en bonne forme et un brevet de pension au nom du caporal Bavois.
Il s'arrêta, et comme la stupeur clouait tout le monde sur place, il s'approcha du lit de Marie-Anne.
Il étendit la main au-dessus de la morte, et d'une voix qui eût fait frémir la coupable jusqu'au plus profond de ses entrailles, si elle l'eût entendue:
—À vous, Marie-Anne, prononça-t-il, je jure que je vous vengerai!...
Il demeura dix secondes immobile, perdu de douleur, puis tout à coup, vivement, il se pencha, mit un baiser au front de la morte, et sortit...
—Et cet homme serait coupable!... s'écria l'abbé Midon, vous voyez bien, Jean, que vous êtes fou!...
Jean eut un geste terrible.
—C'est juste!... fit-il, et cette dernière insulte à ma sœur morte, c'est bien de l'honneur, n'est-ce pas?...
—Et le misérable me lie les mains, en sauvant mon père! s'écria Maurice.
Placé près de la fenêtre, l'abbé put voir Martial remonter à cheval...