Personne, au château, ne s'était aperçu de leur longue absence... personne absolument.

Cela tenait à diverses circonstances. Aux précautions prises par Mme Blanche, d'abord. Avant de sortir, elle avait défendu qu'on pénétrât chez elle, sous n'importe quel prétexte, tant qu'elle ne sonnerait pas.

En outre, c'était la fête du valet de chambre du marquis; les domestiques avaient dîné mieux que de coutume; ils avaient chanté au dessert, et à la fin il s'étaient mis à danser.

Ils dansaient encore à une heure et demie, toutes les portes étaient ouvertes, et ainsi les deux femmes purent se glisser, sans être vues, jusqu'à la chambre de Mme Blanche.

Alors, quand les portes de l'appartement furent bien fermées, lorsqu'il n'y eut plus d'indiscrets à craindre, tante Médie s'avança près de sa nièce.

—M'expliqueras-tu, interrogea-t-elle, ce qui s'est passé à la Borderie, ce que tu as fait?...

Mme Blanche frissonna.

—Eh!... répondit-elle; que t'importe!

—C'est que j'ai cruellement souffert, pendant plus de trois heures que je t'ai attendue. Qu'est-ce que ces cris déchirants que j'entendais? Pourquoi appelais-tu au secours?... Je distinguais comme un râle qui me faisait dresser les cheveux sur la tête... D'où vient que Chupin t'a emportée entre ses bras?...

Tante Médie eût peut-être fait ses malles le soir même, et quitté Courtomieu, si elle eût vu de quels regards l'enveloppait sa nièce.