—Puisque vous le permettez, Blanche, dit-il, je reviendrai... demain... un autre jour.

Tout en courant sur la route de Montaignac, Martial réfléchissait.

—Elle m'aime vraiment, pensait-il, on ne feint ni cette pâleur, ni cet affaissement. Pauvre fille!... C'est ma femme, après tout. Les raisons qui ont déterminé notre rupture n'existent plus... On peut considérer le marquis de Courtomieu comme mort...

Tout le village de Sairmeuse était sur la place, quand Martial le traversa. On venait d'apprendre le crime de la Borderie, et l'abbé Midon était chez le juge de paix pour l'informer des circonstances de l'empoisonnement.

Une instruction fut ouverte, mais la mort du vieux maraudeur devait égarer la justice.

Après plus d'un mois d'efforts, l'enquête aboutit à cette conclusion: que «le nommé Chupin, homme mal famé, était entré chez Marie-Anne, avait profité de son absence momentanée, pour mêler à ses aliments du poison qui s'était trouvé sous sa main.»

Le rapport ajoutait: que «Chupin avait été lui-même assassiné peu après son crime, par un certain Balstain demeuré introuvable...»

Mais, dans le pays, on s'occupait infiniment moins de cette affaire que des visites de Martial à Mme Blanche.

Bientôt il fut avéré que le marquis et la marquise de Sairmeuse étaient réconciliés, et peu après on apprit leur départ pour Paris.

C'est le surlendemain même de ce départ que l'aîné des Chupin annonça que, lui aussi, il voulait habiter la grande ville.