Ce que valaient les menaces de sa victime, elle devait l'éprouver le soir même...
Brisée de fatigue, elle s'était retirée dans sa chambre de fort bonne heure, et, au lieu de lire, comme elle en avait l'habitude, elle éteignit sa bougie dès qu'elle fut couchée, en se disant:
—Il faut dormir.
Mais c'en était fait du repos de ses nuits...
Son crime se représentait à sa pensée, et elle en jugeait l'horreur et l'atrocité... Elle se percevait double, pour ainsi dire; elle se sentait dans son lit, à Courtomieu, et cependant il lui semblait être là-bas, dans la maison de Chanlouineau, versant le poison, puis ensuite épiant ses effets, cachée dans le cabinet de toilette...
Elle luttait, elle dépensait toute la puissance de sa volonté pour écarter ces souvenirs odieux, quand elle crut entendre grincer une clef dans sa serrure. Brusquement elle se dressa sur ses oreillers.
Alors, aux lueurs pâles de sa veilleuse, elle crut voir sa porte s'ouvrir lentement, sans bruit... Marie-Anne entrait... Elle s'avançait, elle glissait plutôt comme une ombre. Arrivée à un fauteuil, en face du lit, elle s'assit... De grosses larmes roulaient le long de ses joues, et elle regardait d'un air triste et menaçant à la fois...
L'empoisonneuse, sous ses couvertures, était baignée d'une sueur glacée.
Pour elle, ce n'était pas une apparition vaine... c'était une effroyable réalité.
Mais elle n'était pas d'une nature à subir sans résistance une telle impression. Elle secoua la stupeur qui l'envahissait et elle se mit à se raisonner, tout haut, comme si le son de sa voix eût dû la rassurer.