Obligé de se retirer devant l'animadversion générale, il laissa derrière lui des haines qui ne s'éteignirent qu'avec la vie.»

Mais ce que l'article ne dit pas, c'est que si Martial fut coupable—et cela dépend du point de vue—il le fut doublement, car il n'avait pas l'excuse de ces convictions exaltées jusqu'au fanatisme qui font les fous, les héros et les martyrs.

Et il n'était pas même ambitieux.

Tous ceux qui l'approchaient, lorsqu'il était aux affaires, témoins de ses luttes passionnées et de sa dévorante activité, le croyaient ivre du pouvoir...

Il s'en souciait aussi peu que possible. Il jugeait les charges lourdes et les compensations médiocres. Son orgueil était trop haut pour être touché des satisfactions qui délectent les vaniteux, et la flatterie l'écœurait.

Souvent dans ses salons, au milieu d'une fête, ses familiers voyant sa physionomie s'assombrir, s'écartaient respectueusement.

—Le voilà, pensaient-ils, préoccupé des plus graves intérêts... Qui sait quelles importantes décisions sortiront de cette rêverie.

Ils se trompaient.

En ce moment, où sa fortune à son apogée faisait pâlir l'envie, alors qu'il paraissait n'avoir rien à souhaiter en ce monde, Martial se disait:

—Quelle existence creuse!... Quel ennui! Vivre pour les autres... quelle duperie!