Un enfant!... Sa femme avait un enfant!
Il poursuivit néanmoins et il lut: «Entretien de deux agents à Sairmeuse... Voyage pour moi... Gratifications à divers..., etc., etc.» Le total s'élevait à 6,000 francs, le tout était signé: Chefteux.
Alors, avec une sorte de rage froide, Martial se mit à bouleverser le coffret, et successivement il trouva: un billet d'une écriture ignoble, où il était dit: «Deux mille francs ce soir, sinon j'apprends au duc l'histoire de la Borderie.» Puis trois autres factures de Chefteux; puis une lettre de tante Médie, où elle parlait de prison et de remords. Enfin, tout au fond, était le certificat de mariage de Marie-Anne Lacheneur et de Maurice d'Escorval, délivré par le curé de Vigano, signé par le vieux médecin et par le caporal Bavois.
La vérité éclatait plus claire que le jour.
Plus assommé que s'il eût reçu un coup de barre de fer sur la tête, éperdu, glacé d'horreur; Martial eut cependant assez d'énergie pour ranger tant bien que mal les lettres, et remettre le coffret en place.
Puis il regagna son appartement en chancelant, se tenant aux murs.
—C'est elle, murmura-t-il, qui a empoisonné Marie-Anne!
Il était confondu, abasourdi, de la profondeur, de la scélératesse de cette femme qui était la sienne, de sa criminelle audace, de son sang-froid, des perfections inouïes de sa dissimulation.
Cependant, si Martial discernait bien les choses en gros, beaucoup de détails échappaient à sa pénétration.
Il se jura que soit par la duchesse, en usant d'adresse, soit par la Chupin, il saurait tout par le menu.