La ruse était hardie, il fallait se hâter d'en profiter et de défier de la surveillance. Martial s'étendit sur le banc, comme pour dormir, de telle façon que sa tête n'était pas à un mètre de celle de Otto.
—La duchesse est hors de danger... murmura le fidèle domestique.
—Aujourd'hui, peut-être. Mais demain, par moi, on arrivera jusqu'à elle.
—Monseigneur s'est donc nommé?
—Non... tous les agents, excepté un, me prennent pour un rôdeur de barrières.
—Eh bien!... il faut continuer à jouer ce personnage.
—À quoi bon!... Lacheneur ira me dénoncer...
Martial, pour le moment au moins, était délivré de Jean. Quelques heures plus tôt, en se rendant de l'Arc-en-ciel à la Poivrière, Jean avait roulé au fond d'une carrière abandonnée et s'y était fracassé le crâne. Des carriers qui allaient à leur travail l'avaient aperçu et relevé, et à cette heure même, ils le portaient à l'hôpital.
Bien que ne pouvant prévoir cela, Otto ne parut pas ébranlé.
—On se débarrassera de Lacheneur, dit-il, que monsieur le duc soutienne seulement son rôle... Une évasion n'est qu'une plaisanterie quand on a des millions...