Le plan de Martial était arrêté, et il devait le poursuivre avec une incroyable perfection de détails.

Mis au secret au Dépôt, le duc de Sairmeuse se préparait à la visite du juge d'instruction, quand entra Maurice d'Escorval... Ils se reconnurent.

Ils étaient aussi émus l'un que l'autre, et il n'y eut point d'interrogatoire, pour ainsi dire. Cependant, aussitôt après le départ de Maurice, Martial essaya de se donner la mort. Il ne croyait pas à la générosité de son ancien ennemi...

Mais le lendemain, quand, au lieu de Maurice, il trouva M. Segmuller, Martial crut entendre une voix qui lui criait: «Tu seras sauvé.»

Alors commença, entre le juge et Lecoq d'un côté, et le prévenu de l'autre, cette lutte où il n'y eut point de vainqueur.

Martial sentait bien que de Lecoq seul venait le péril, et cependant il ne pouvait prendre sur soi de lui en vouloir. Fidèle à son caractère, qui le portait à rendre quand même justice à ses ennemis, il ne pouvait s'empêcher d'admirer l'étonnante pénétration et la ténacité de ce jeune policier qui luttait seul contre tous pour la vérité.

Il est vrai de dire que si l'attitude de Martial fut merveilleuse, on le servit au dehors avec une admirable précision.

Toujours Lecoq fut devancé par Otto, ce mystérieux complice qu'il devinait et ne pouvait saisir. À la Morgue comme à l'hôtel de Mariembourg, près de Toinon-la-Vertu, la femme de Polyte Chupin, aussi bien que près de Polyte lui-même, partout Lecoq arriva deux heures trop tard.

Lecoq surprit la correspondance de son énigmatique prévenu; il en devina la clef si ingénieuse, mais cela ne lui servit de rien. Un homme qui avait deviné en lui un rival ou plutôt un maître futur le trahit.

Si les démarches du jeune policier près du bijoutier et de la marquise d'Arlange n'eurent pas le résultat qu'il espérait, c'est que Mme Blanche n'avait pas acheté les boucles d'oreille qu'elle portait à la Poivrière; elle les avait échangées avec une de ses amies, la baronne de Watchau.