—Ah!... on est bien chez soi, répétait-il à son fils.

Mais Martial ne répondait que du bout des lèvres.

Sa pensée était obsédée par le souvenir de deux femmes qui, dans cette journée, l'avaient ému, lui si peu accessible à l'émotion. Il songeait à ces deux jeunes filles si différentes:

Blanche de Courtomieu... Marie-Anne Lacheneur.

VIII

Ceux-là seuls qui, aux jours radieux de l'adolescence, ont aimé, ont été aimés et ont vu, tout à coup, s'ouvrir entre eux et le bonheur un abîme infranchissable, ceux-là seuls peuvent comprendre la douleur de Maurice d'Escorval.

Tous les rêves de sa vie, tous ses projets d'avenir reposaient sur son amour pour Marie-Anne.

Cet amour lui échappant, l'édifice enchanté de ses espérances s'écroulait, et il gisait foudroyé au milieu des ruines.

Sans Marie-Anne, il n'apercevait ni but, ni sens à son existence.

C'est qu'il ne s'abusait pas. Si tout d'abord son rendez-vous pour le lendemain lui était apparu comme le salut même, il se disait, en y réfléchissant froidement, que cette entrevue ne changerait rien, puisque tout dépendait d'une volonté étrangère, la volonté de M. Lacheneur.