N'y avait-il pas lieu de croire qu'il le dirait fatalement quelque jour, tôt ou tard?...
Ce mot, le duc tremblait à tout moment de l'entendre, s'avouant, à part soi, qu'à la place de son fils il l'eût dit depuis longtemps.
Rien qu'en songeant à cette éventualité, il frémissait.
Il se voyait réduit à une pension, considérable sans doute, mais enfin à une pension fixe, immuable, convenue, réglée, sur laquelle il lui faudrait baser ses dépenses.
Il serait obligé de compter pour nouer les deux bouts, lui accoutumé à puiser à des coffres pour ainsi dira inépuisables...
—Et cela arrivera, pensait-il, forcément, nécessairement... Que Martial se marie, que l'ambition le prenne, qu'il soit mal conseillé... c'en est fait.
Lorsqu'il était sous ces obsessions, il observait et étudiait son fils comme une maîtresse défiante un amant sujet à caution. Il croyait lire dans ses yeux quantité de pensées qui n'y étaient pas. Et selon qu'il le voyait gai ou triste, parleur ou préoccupé, il se rassurait ou s'effrayait davantage.
Parfois il mettait les choses au pis.
—Que je me brouille avec Martial, se disait-il, vite il reprend toute sa fortune, et me voilà sans pain...
Cette continuelle appréhension d'un homme qui jugeait les sentiments des autres sur les siens, n'était-elle pas un épouvantable châtiment?