—Bonjour, Marianne; je vous dérange? fis-je en entrant.

Elle tourna à demi la tête:

—Ah, c'est vous, Tiennon! Vous me trouvez dans une drôle de tenue…

—Vous êtes chez vous: c'est bien le moins que vous ayez la liberté de vous mettre à l'aise… Je venais vous demander à boire.

—C'est bien facile.

Sans même prendre le temps de renouer ses cheveux, elle alla prendre sur le dressoir un grand pichet de terre jaune qu'elle remplit au seau, derrière la porte, et me le tendit. Je la dissuadai d'aller chercher un verre, et bus à la régalade presque toute l'eau du pichet.

—Vous aviez donc bien soif? dit la Marianne en souriant dans sa toison défaite, à moins que vous ne la trouviez meilleure que celle de chez vous.

—C'est peut-être les deux, répondis-je. Vous savez bien que le changement…

Elle comprit l'allusion: ses joues se colorèrent et son sourire se fit moqueur.

—Ça dépend… Il y a des choses qui ont toujours le même goût! fit-elle.