Ces jeunes parents s'étaient montrés fort gentils, somme toute, mais leur départ nous apporta quand même une impression de détente heureuse. C'est que, outre le dérangement inévitable, la cohabitation avec des gens différents de caractère et de mœurs provoque toujours une contrainte pénible. Où il n'y a pas communion d'idées règne le malaise.

Le pâtre fut seul à s'affliger du départ de nos hôtes. Je l'entendis qui disait le soir à la servante:

—J'aurais bien voulu qu'ils restent plus longtemps, les Parisiens, on mangeait mieux…

XLIX

Nous avions grand souci de notre Clémentine souffrante et miséreuse. Elle venait d'avoir un quatrième enfant, et Moulin s'étant brouillé avec le jardinier du château manquait de travail. Aussi devaient-ils deux sacs de blé à nos successeurs de la Creuserie et des tissus au marchand du bourg,—sans parler de leur loyer.

La pauvre fille n'allait même plus à la messe, à cause des enfants que leur père ne voulait pas garder et parce qu'elle manquait d'effets convenables.

Mais le pis était son état de santé toujours plus inquiétant. L'une des religieuses de Franchesse, qui s'entendait un peu aux maladies, la disait atteinte d'anémie chronique:

—Il vous faudrait du repos, de la nourriture substantielle, du bon vin!

Conseil d'une assez cruelle ironie, vu la situation du ménage!