Moi, que m'importe! Je ne demande qu'une chose, c'est de rester jusqu'au bout à peu près valide. Tant que je rendrai des services à mes enfants, ils me supporteront aisément. Ils me seront encore humains, je n'en doute pas, si j'en arrive à n'être bon à rien. Mais j'appréhende de devenir paralytique ou aveugle, ou de tomber dans l'inconscience, ou encore de souffrir longtemps de quelque maladie de langueur. Cette idée me causerait trop de peine de savoir que je suis un vieil objet encombrant qu'on voudrait bien voir disparaître… Que la mort survienne, elle ne m'effraie pas! Je songe à elle sans amertume et sans crainte. La mort! la mort! mais non l'horrible déchéance venant troubler le labeur des jeunes, des bien portants, la vie ordinaire d'une maisonnée. Qu'elle me frappe à l'œuvre encore, afin qu'on puisse dire:
—Le père Tiennon a cassé sa pipe; il était bien vieux, bien usé, mais point à charge. Jusqu'au bout il a travaillé.
Mais je redoute comme oraison funèbre ceci:
—Le père Bertin est mort. Pauvre vieux! C'est un grand débarras pour lui et un grand bonheur pour sa famille.
De la vie, je n'ai plus rien à espérer, mais j'ai encore à craindre. Que cette calamité dernière me soit évitée: c'est là mon unique souhait!
Ygrande (Allier), 1901-1902.
FIN
IMPRIMERIE NELSON, ÉDIMBOURG, ÉCOSSE
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LES
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NELSON